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Pendant trois ans, CulturesFrance a mis en place des résidences de création à travers le
monde, en direction de quinze metteurs en scène français. C’est donc au Brésil que
Catherine Marnas, artiste associée du théâtre des Salins, a créé Le retour au désert. Elle
signe une véritable performance technique et esthétique qui éclaire le texte puissant de
Bernard-Marie Koltès.
Loin des no man’s lands, lieux étranges et marginaux auxquels Koltès nous a habitués, l’action se situe dans une
maison bourgeoise de la province française. À la fin de la guerre d’Algérie, Mathilde fuit le pays avec ses enfants.
Elle revient en France auprès de son frère Adrien, alors propriétaire de l’usine familiale, pour réclamer sa part
d’héritage. Pendant que la vengeance fait rage, des complots racistes se trament dans la maison... Dans un refus
de la pensée toute faite et d’une morale confortable, Le Retour au désert - texte écrit pour Jacqueline Maillan, notre
Reine du boulevard - met en exergue un drame familial sur fond d’humour corrosif pour mieux dénoncer l’ordre
établi et le poids de l’héritage.
À l’image des vies contraintes qui n’aspirent qu’à être libérées, la scénographie simple, belle, mouvante,
chorégraphie l’élégant ballet des personnages. Elle accompagne la sensualité du jeu et des sonorités des acteurs
français et brésiliens qui se partagent le texte. C’est là encore que réside l’originalité de la mise en scène, dans le
croisement culturel d’un dédoublement des répliques. Pour Catherine Marnas : « Monter cette pièce au Brésil, c’est
choisir de la sortir de son contexte franco-français, de la déraciner pour entendre de manière évidente sa force
métaphorique ». Certains thèmes qui y sont développés ont une résonnance criante au Brésil. Malgré l’engrenage
de la violence, la pièce prend étrangement des allures de comédie. Mais le comique ici est comme une pudeur qui
cache des forces noires et sauvages. Véritable prophétie sur notre temps, ce Retour au désert est un grand jeu
remarquablement maîtrisé, une jubilation pour le public.

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